Quand je forme de jeunes installateurs, je leur répète qu'une installation électrique se lit comme une carotte géologique : chaque époque de construction dépose sa strate, avec ses matériaux, ses protections et ses faiblesses propres. À Croissy-sur-Seine, le recensement INSEE 2022 fournit la coupe stratigraphique complète, et elle mérite qu'on s'y arrête avant de parler de pannes.
Strate 1 — avant 1919 (10,2 % du parc). Ce sont les villas de villégiature et les maisons du vieux village, héritières de l'époque où la commune était encore « la reine des marchés de Paris » pour son maraîchage, avant que les impressionnistes ne viennent peindre la Grenouillère. L'électricité y est arrivée après coup, posée en apparent puis reprise par couches successives. On y trouve encore, derrière des cloisons rénovées, des conducteurs à l'isolant fatigué, des dominos enfouis dans le plâtre et des circuits dont plus personne ne sait où ils passent.
Strate 2 — 1919-1945 (4,9 %). Pavillons d'entre-deux-guerres, souvent en meulière. Installations d'origine modestes (deux ou trois circuits pour toute la maison), presque toujours reprises depuis, mais rarement en totalité : la cuisine a été refaite, pas les chambres.
Strate 3 — 1946-1990 (45,2 % à elles deux, dont 31,1 % pour la seule période 1971-1990). C'est le cœur du sujet croissillon. Les résidences collectives et les pavillons de cette génération — la plus représentée de la commune, et de loin — ont été câblés proprement, selon les règles de leur temps. Le problème n'est pas la qualité d'exécution : c'est que les règles ont changé. La mise à la terre n'a été exigée dans toutes les pièces qu'à partir de 1991, et le différentiel 30 mA généralisé sur les circuits de prises qu'avec l'édition 2002 de la norme NF C 15-100. Un appartement croissillon de 1982 jamais retouché est donc, par construction, en retard de deux révisions normatives.
Strate 4 — après 1990 (39,8 %). Programmes récents, globalement conformes aux éditions modernes de la norme, passés par le visa du Consuel. Les pannes y existent, mais elles relèvent du composant défaillant ou de l'appareil branché, presque jamais de l'infrastructure.
Dernier chiffre utile : 60,9 % des résidences principales de Croissy sont occupées par leur propriétaire (INSEE 2022). C'est important, car le propriétaire occupant est celui qui décide — et finance — une mise à niveau. Toute la pédagogie de cette page vise à ce que cette décision se prenne sur des faits mesurés, pas sous la pression d'un opérateur de passage qui agite le mot « vétuste » sans avoir sorti un seul appareil de mesure.
