Posons le décor, parce qu'il commande tout le reste. Genainville compte 522 habitants selon la population municipale 2023 publiée par l'INSEE, répartis sur un peu plus de 10 km² — une densité d'environ 50 habitants au kilomètre carré. La commune est classée au cœur du Parc naturel régional du Vexin français, entre Magny-en-Vexin et Vétheuil, desservie par la RD 983. Le village s'est construit autour de son église Saint-Pierre, élevée au XIIIe siècle et remaniée au XVIe, et garde dans le vallon du ru, au sud-est, le site gallo-romain des Vaux-de-la-Celle, classé monument historique depuis 1941 et fouillé chaque été par les équipes universitaires de Cergy.
Pourquoi je vous raconte ça sur une page d'électricien ? Parce que ce décor fabrique des installations électriques très particulières, qui n'ont rien à voir avec celles d'un immeuble de Cergy ou d'Argenteuil.
D'abord, le bâti. À Genainville, on intervient dans des longères et des corps de ferme en pierre calcaire, parfois dans des granges transformées en habitation. Des murs pleins, épais, sans vide de construction : impossible d'y encastrer des gaines comme dans une cloison de placo. L'électricité y a donc été posée en apparent — baguettes, moulures bois, parfois câble sur isolateurs dans les dépendances — et reprise par morceaux à chaque génération. Résultat : des installations stratifiées, où un circuit de 2015 côtoie un circuit des années 1960, sur le même tableau.
Ensuite, l'âge du parc. Ici, pas de programmes neufs livrés en série avec leur attestation Consuel. Le parc est ancien, et il vieillit. Le baromètre de l'Observatoire national de la sécurité électrique (ONSE, édition 2025) estime que plus de huit installations de plus de quinze ans sur dix présentent au moins une anomalie au regard des exigences actuelles. Dans une commune rurale où l'essentiel des maisons a plus de cinquante ans, cette proportion n'a rien de théorique : c'est ce qu'on constate tableau après tableau.
Enfin, le réseau. Comme souvent en zone rurale, des portions de la distribution restent aériennes et traversent les champs. Quand un orage passe sur le plateau du Vexin, on enchaîne microcoupures et surtensions — et ce sont les installations sans protection adaptée qui trinquent : cartes électroniques de chaudières, box, électroménager.
Rien de tout cela ne veut dire « danger permanent ». Un Compagnon vous dirait la même chose que moi : une installation ancienne bien entretenue vaut mieux qu'une installation récente bricolée. Mais ça veut dire qu'à Genainville, le diagnostic compte double. Celui qui débarque, change une pièce au hasard et facture 400 € n'a rien réglé. Celui qui lit l'installation — son histoire, ses strates, ses points faibles — règle le problème une fois pour toutes.
