Commençons par ce que le visiteur remarque en arrivant par la route de Souppes : Château-Landon est une ville minérale. Les maisons du bourg perché, serrées autour de la place du Larry et le long des ruelles qui descendent vers le Fusain, sont édifiées en moellons de calcaire du pays, souvent sous un enduit à la chaux, avec des murs dont l'épaisseur dépasse fréquemment cinquante centimètres. Cette pierre, suffisamment réputée pour avoir été expédiée vers les chantiers parisiens du XIXe siècle — le Sacré-Cœur en fut le client le plus illustre, entre 1875 et 1919 —, est dure, hétérogène, et solidaire de maçonneries qui n'ont jamais été pensées pour recevoir des gaines encastrées.
Concrètement, cela change tout pour l'électricien. La saignée, geste banal dans une cloison de plâtre des années 1970, devient ici une opération lourde, bruyante, poussiéreuse, et — c'est mon regard d'architecte du patrimoine qui parle — souvent dommageable. Tailler une tranchée dans un mur de moellons, c'est rompre des liaisons de mortier anciennes, fragiliser un enduit à la chaux qui régule l'humidité du mur, et parfois rencontrer des surprises : un linteau de bois noyé, une ancienne niche, un conduit de cheminée condamné.
L'intervention pertinente dans ce bâti privilégie donc d'autres cheminements. La pose en apparent soignée d'abord : plinthes techniques, moulures rapportées en partie haute, goulottes de teinte assortie aux boiseries — des solutions qui, bien exécutées, se font oublier. Le passage par les volumes non habités ensuite : caves voûtées, combles, trémies existantes, gaines de cheminées hors d'usage, qui permettent de distribuer les étages sans toucher aux murs. Le réemploi enfin des percements pré-existants, chaque trou évité étant une blessure épargnée à l'édifice.
Il y a aussi la question de l'humidité, indissociable des constructions anciennes en calcaire. Les murs des maisons basses du bourg et des constructions proches du Fusain travaillent par remontées capillaires : un conducteur posé au contact d'une maçonnerie humide, une boîte de dérivation oxydée en pied de mur, et l'on obtient ces défauts d'isolement erratiques qui font déclencher un différentiel par temps de pluie sans que personne ne comprenne pourquoi. Le diagnostic d'une panne dans le bâti ancien castellandonnais exige donc de raisonner le mur autant que le circuit.
Les artisans du réseau Joël qui interviennent sur la commune sont briefés sur ces sujétions : repérage avant tout percement, matériel adapté aux locaux humides en pied de mur et en cave, et surtout un chiffrage annoncé avant le premier geste — à partir de 59€ TTC pour le remplacement d'une prise ou d'un interrupteur hors service, rapport explicatif à l'appui. Dans une maison qui a vu passer huit siècles, la précipitation est toujours une faute.
