Melun ne ressemble à aucune autre ville de la grande couronne francilienne. Là où Évry, Cergy ou Marne-la-Vallée sont des créations administratives récentes, là où des communes comme Pontault-Combault ou Savigny-le-Temple se sont densifiées surtout après-guerre, Melun s'inscrit dans une continuité urbaine qui remonte à l'époque gauloise. La cité des Senons puis chef-lieu carolingien, ville royale capétienne où Robert le Pieux séjournait volontiers au début du XIe siècle, place forte épiscopale au Moyen Âge, préfecture de la Seine-et-Marne depuis la création du département en 1790 : Melun a accumulé les couches d'urbanisation comme peu de villes de sa taille en France.
Cette épaisseur historique s'inscrit physiquement dans le bâti. L'île Saint-Étienne, cœur médiéval de la cité, conserve la collégiale Notre-Dame édifiée à partir de 1080 sous la commande de Robert II, l'une des plus anciennes du domaine royal capétien. Les rues étroites qui l'entourent — rue du Général-de-Gaulle, rue Saint-Étienne, rue de la Courtille — abritent encore des maisons à pans de bois dont certaines remontent au XVe siècle, restaurées avec plus ou moins de bonheur au fil des décennies. Sur la rive droite, le quartier Saint-Aspais s'organise autour de l'église flamboyante éponyme, achevée en 1535 selon un parti renaissant qui en fait l'un des édifices les plus singuliers de la région. Plus au nord, la rue Saint-Ambroise et la place Saint-Jean alignent un bâti classique XVIIIe et bourgeois XIXe où se concentrent encore aujourd'hui les notaires, avocats et médecins de la ville.
Cette diversité s'amplifie quand on s'éloigne du centre historique. Les faubourgs Saint-Liesne au sud-ouest, Saint-Barthélémy au nord-est, ont été urbanisés au XIXe siècle dans une logique mixte d'ateliers, de commerces et de logements ouvriers. L'avenue Thiers, percée en 1860 pour desservir la nouvelle gare, a vu s'édifier des immeubles cossus de rapport et des hôtels particuliers de la bourgeoisie commerçante locale. Le quartier de l'Almont, à l'est, a connu sa principale phase de construction dans les années 1960-1970 avec des barres et des tours de logement social édifiées par les bailleurs publics départementaux. Le Plateau de Schuman, plus haut sur la rive sud, mêle pavillonnaire des années 1950 et copropriétés contemporaines. Les abords de la Seine, depuis la voie verte récemment aménagée jusqu'au quartier de Saint-Barthélémy, voient depuis quinze ans se multiplier les opérations de promotion immobilière en accession ou en locatif intermédiaire.
Le résultat est une ville dont la plomberie résidentielle traverse littéralement mille ans d'histoire technique. Le plombier qui intervient à Melun ne sait jamais à l'avance, en lisant simplement l'adresse, sur quel matériau il va travailler. Cette incertitude n'a rien de comparable à celle d'un arrondissement parisien homogène. Elle exige une discipline d'observation et un sens du diagnostic que la plupart des opérateurs commerciaux du dépannage low-cost n'ont tout simplement pas. C'est précisément ce que je m'efforce de transmettre aux artisans du réseau Joël qui interviennent en Seine-et-Marne.
