Une ville qui a grandi d'un coup : ce que le bâti mantevillois fait à vos installations
Mantes-la-Ville n'est pas une ville-musée. C'est une ville d'ateliers et de cités ouvrières qui a plus que doublé de population depuis les années 1960. Sur le terrain, ça se lit immédiatement dans les murs — et dans les gaines.
Le centre ancien et la rue Maurice-Berteaux. C'est le Mantes-la-Ville d'avant-guerre, celui des maisons de bourg et des ateliers. La manufacture Selmer, qui fabrique des saxophones ici depuis 1919, en est le témoin le plus connu — quand un facteur d'instruments s'installe quelque part pendant un siècle, c'est que le tissu artisanal est sérieux. Côté électricité, ce bâti d'avant 1945 (environ 8 % des résidences principales selon l'INSEE 2022) a presque toujours été repris une ou deux fois. Le problème, c'est justement le « presque » : je tombe régulièrement sur des conducteurs sous tube acier des années 1930 raccordés à des circuits des années 1990 par des dominos planqués dans le plâtre. Chaque reprise partielle ajoute une couche, et personne n'a la carte complète du réseau.
Les Merisiers et Plaisances. Le grand ensemble du sud de la commune, construit dans les années 1960-1970, aujourd'hui classé quartier prioritaire. Le bailleur Batigère y a engagé la réhabilitation de plus de 570 logements (Le Moniteur, 2024) — preuve que tout le monde sait que ce parc a besoin d'une remise à niveau. Dans les logements pas encore traités, je vois le grand classique des Trente Glorieuses : tableau d'origine à fusibles, terre absente ou partielle sur les circuits prises, et un abonnement 6 ou 9 kVA dimensionné pour une époque où le four, le lave-linge, le sèche-linge, le micro-ondes et la plaque à induction ne tournaient pas en même temps.
Le Domaine de la Vallée et les Brouets. Le pavillonnaire des années 1960-1980, très majoritairement occupé par ses propriétaires. C'est le terrain typique de l'installation « d'origine, jamais touchée » : elle a quarante ou cinquante ans, elle fonctionne — donc personne n'y pense. Jusqu'au jour où on rénove la cuisine, où on vend, ou où une prise commence à noircir. Un Compagnon vous dirait la même chose que moi : une installation qui fonctionne et une installation sûre, ce sont deux choses différentes.
Pourquoi c'est important ici plus qu'ailleurs ? Parce que la proportion fait masse. À l'échelle nationale, l'Observatoire national de la sécurité électrique (ONSE) estime que près des deux tiers des installations de plus de quinze ans présentent au moins une anomalie sur les six points de sécurité réglementaires, le défaut de mise à la terre arrivant en tête — environ quatre logements concernés sur dix. Le GRESEL, qui regroupe associations de consommateurs et professionnels de la filière, chiffre de son côté à environ 7 millions le nombre d'installations à risque en France, dont 2,3 millions jugées très dangereuses. Rapportez ces ordres de grandeur à une commune où plus de 70 % du parc date d'avant 1991 : statistiquement, si vous habitez Mantes-la-Ville et que vous n'avez jamais fait contrôler votre installation, il y a de fortes chances qu'elle ait au moins une anomalie.
Ce n'est pas une raison de paniquer. C'est une raison de faire un diagnostic sérieux — et de savoir distinguer ce qui presse de ce qui peut attendre. C'est précisément l'objet de la suite.