La rue Mouffetard descend du sommet de la Montagne Sainte-Geneviève vers la place d'Italie en suivant un tracé d'origine antique — c'est l'ancienne voie romaine reliant Lutèce à Cahors et à Lyon. Le bâti qui borde cette rue, et qui s'étend dans les ruelles avoisinantes (rue Lhomond, rue de l'Estrapade, rue Tournefort, rue Descartes, rue Saint-Médard), comprend une part importante de constructions médiévales et de réfections XVIe-XVIIe sur des bases plus anciennes. Pour l'électricien, c'est un univers à part entière dans le tissu parisien.
Les caractéristiques structurelles du bâti médiéval du 5e conditionnent toute intervention. Les murs sont en pierres de taille ou en moellons assemblés au mortier de chaux, d'épaisseur souvent comprise entre 60 et 90 centimètres pour les murs porteurs, 40 à 60 centimètres pour les refends. Les planchers sont en poutraisons bois avec entrevous traditionnel (plâtre sur lattes, ou hourdis en plâtre, selon les époques). Les escaliers sont fréquemment à vis ou en colimaçon, avec des marches en pierre usées par les siècles. Les hauteurs sous plafond sont basses dans les étages supérieurs (parfois 2,10 m). Les charpentes sont parfois apparentes.
Pour l'électricité, ces caractéristiques se traduisent par plusieurs contraintes pratiques. Premièrement, les saignées dans les murs porteurs en pierres de taille sont techniquement difficiles, longues à exécuter, et souvent interdites pour préserver la structure (risque de fragilisation). Deuxièmement, les chambranles, plinthes, et menuiseries existantes ne permettent pas toujours le passage discret de gaines techniques. Troisièmement, les épaisseurs de mur rendent les forages traversants très chronophages. Quatrièmement, les colombages éventuellement apparents (rare mais existant dans certaines rénovations 5e) demandent des techniques spécifiques de cheminement.
La méthode habituelle dans le bâti médiéval du 5e consiste à privilégier le montage apparent en plinthes décoratives ou en goulottes assumées comme des éléments contemporains. Pour les pièces nobles (salons), on peut envisager des cheminements sous parquet déposé puis reposé, ou dans les épaisseurs de plancher entre poutraisons. Pour les pièces de service, la solution apparente est généralement retenue. Cette discipline n'est pas un défaut mais une adaptation honnête à la nature du bâti.
L'électrification tardive de ces immeubles est un facteur clé. Beaucoup d'immeubles de la rue Mouffetard n'ont reçu l'électricité que dans les années 1950-60, voire 1970 pour les plus récalcitrants (locataires âgés refusant les travaux, propriétaires bailleurs absents). Cela signifie que la quasi-totalité des installations rencontrées aujourd'hui ont moins de 60 ans, et qu'on ne trouve quasiment pas de câblages cuivre nu sur isolateurs porcelaine d'avant-guerre — contrairement aux immeubles haussmanniens. En revanche, les installations années 1955-1970 sont parfois en gaines plomb, et présentent rarement une mise à la terre généralisée.
Les pannes spécifiques aux immeubles médiévaux du 5e sont d'une régularité frappante. Premièrement, les disjoncteurs qui sautent en boucle, presque toujours liés à une surcharge sur un calibre général sous-dimensionné (l'arrivée Enedis ayant été dimensionnée à l'époque de l'électrification, avant l'explosion des usages modernes). Deuxièmement, les fuites de courant à la terre, dues à l'humidité ambiante des bâtis anciens combinée à des câblages dégradés. Troisièmement, les pannes localisées dans des pièces non reprises depuis l'origine de l'électrification (typiquement les chambres de service en étages hauts, parfois encore alimentées par une simple paire de fils sans terre).
Sur ces immeubles, mon conseil de quarante-trois ans à EDF est simple : ne pas céder à la panique. Une installation 1965 dans un immeuble Mouffetard n'est pas intrinsèquement dangereuse. Elle nécessite simplement un diagnostic sérieux et une mise à niveau ciblée, étalée si besoin, avec respect du bâti. Le diagnostic Joël à 79€ TTC ouvre cette discussion.
