Pour comprendre la spécificité plomberie du 5e arrondissement, il faut d'abord intégrer une réalité que peu de jeunes plombiers découvrent en formation : une partie significative du bâti du 5e est antérieure au XVIIe siècle. Pas un bâti rénové « dans le style ancien », pas une reconstitution. Un bâti effectivement médiéval ou Renaissance qui a traversé les siècles sans destruction.
Premier strate : le bâti médiéval et Renaissance du Quartier Latin. Les rues Saint-Séverin, Galande, de la Huchette, du Chat-qui-Pêche, de la Parcheminerie, Saint-Julien-le-Pauvre conservent encore quelques immeubles dont les murs porteurs datent du XVe ou XVIe siècle, même si la modénature de façade et les volumes intérieurs ont été repris au XVIIe ou au XVIIIe siècle. Ces bâtiments présentent des caractéristiques techniques uniques : murs porteurs en moellons de pierre épais de 80 cm à 1,20 m, planchers en chêne de section très forte (parfois 25 × 25 cm), cages d'escalier en spirale parfois en bois, fenêtres à meneaux remplacées au XIXe. La plomberie y est nécessairement un patchwork d'interventions successives sur quatre siècles. Les arrivées d'eau y ont été ajoutées au XIXe (plomb), reprises au XXe (cuivre des années 1960-1980), parfois rénovées au XXIe (PER ou multicouche). Sur ce bâti, le diagnostic exige une rigueur particulière : un mur de moellons de 1,20 m n'est pas un mur haussmannien, et les techniques de recherche de fuite doivent être adaptées.
Deuxième strate : les hôtels et immeubles XVIIe-XVIIIe. Le secteur Panthéon-Sorbonne, la rue Saint-Jacques, la rue Soufflot, la rue de l'Estrapade, la rue Mouffetard, la rue Lacépède conservent un parc important d'immeubles bourgeois XVIIe et XVIIIe. Ces bâtiments présentent une plomberie d'origine inexistante (l'eau courante est apparue tardivement) progressivement modernisée au XXe siècle. On y trouve encore aujourd'hui, en partie commune, des portions de colonnes en plomb non remplacées dans une fraction non négligeable des copropriétés peu rénovées.
Troisième strate : les immeubles haussmanniens et post-haussmanniens. Le tracé du baron Haussmann a moins affecté le 5e que la rive droite, mais des percées importantes (boulevard Saint-Michel, boulevard Saint-Germain côté 5e, rue Monge, rue des Écoles, rue Claude-Bernard) ont produit des alignements d'immeubles haussmanniens classiques avec leur plomberie typique : colonnes en cuivre des années 1965-1985, distributions horizontales en cuivre, premières installations sanitaires individuelles dans chaque appartement.
Quatrième strate : les opérations du XXe siècle. Le 5e compte plusieurs opérations significatives du XXe siècle : la faculté de Jussieu (1959-1971), les immeubles du secteur Cardinal-Lemoine reconstruits dans les années 1960-1970, quelques opérations 1990-2010 sur des friches universitaires reconverties. Ces immeubles présentent une plomberie standardisée de production série qui arrive aujourd'hui à des étapes critiques de renouvellement.
Pour le plombier qui intervient dans le 5e, cette stratification impose une discipline d'observation que je voudrais détailler. Première observation : regarder la façade et identifier l'époque. Pierre de taille XVIIe ? Moellons médiévaux ? Brique enduite des années 1930 ? Béton apparent des années 1960 ? Cette identification oriente le diagnostic. Deuxième observation : regarder la cage d'escalier. Une cage en spirale en bois, c'est probablement du XVIIe-XVIIIe ; une cage avec ferronneries 1830-1850, c'est probablement Louis-Philippe ; une cage haussmannienne classique, c'est probablement Second Empire ; une cage moderne, c'est probablement du XXe. Troisième observation : regarder la colonne montante. Plomb ? Cuivre ? PER ? Le matériau et l'aspect renseignent sur l'époque de la dernière rénovation lourde de l'immeuble.
