Ce que l'eau de la Marne dépose dans votre cuve : le calcaire expliqué simplement
Commençons par le commencement, comme on me l'a appris en 1978 : avant de parler de la panne, on parle du fluide. L'eau qui sort de vos robinets à Aubervilliers est une eau de rivière. Elle est prélevée dans la Marne, traitée à l'usine de Neuilly-sur-Marne, puis distribuée par Veolia Eau d'Île-de-France pour le compte du SEDIF, le Syndicat des Eaux d'Île-de-France, qui dessert la commune. C'est une eau parfaitement potable, très surveillée. Mais elle a une caractéristique qui nous intéresse au premier chef : sa dureté.
La dureté, c'est la concentration en calcium et en magnésium, mesurée en degrés français — un degré français représente 10 milligrammes de carbonate de calcium par litre. Les relevés du contrôle sanitaire publiés par le ministère de la Santé classent l'eau distribuée à Aubervilliers parmi les eaux dures, comme l'essentiel de l'eau de la Marne en Île-de-France — généralement entre 20 et 30 degrés français selon les campagnes de mesure. Le SEDIF lui-même communique sur son projet de filtration membranaire destiné, à terme, à distribuer une eau moins calcaire : c'est dire si le sujet est réel, et reconnu par le distributeur.
Maintenant, la physique — et je vous promets qu'elle est simple. Le carbonate de calcium a une particularité contre-intuitive : il est moins soluble dans l'eau chaude que dans l'eau froide. La plupart des choses se dissolvent mieux à chaud ; lui, c'est l'inverse. Conséquence directe : dans votre ballon, là où l'eau est chauffée à 55-65°C, le calcaire précipite. Il se dépose en priorité sur la pièce la plus chaude du système — la résistance — puis sédimente au fond de la cuve, année après année, en une couche de boue calcaire que personne ne voit jamais.
Ce dépôt a trois effets, et les trois vous coûtent de l'argent. Premier effet : le tartre est un isolant thermique. Une résistance gainée de calcaire doit chauffer plus longtemps pour produire la même eau chaude — votre facture d'électricité grimpe sans que rien ne semble avoir changé. Deuxième effet : cette même résistance, qui travaille plus fort et évacue mal sa chaleur, vieillit prématurément jusqu'au jour où elle claque. Troisième effet : la boue calcaire au fond de la cuve réduit le volume d'eau chaude réellement disponible — vous avez acheté 200 litres, vous en chauffez peut-être 160.
Ajoutez à cela la question de l'anode en magnésium. C'est une pièce sacrificielle : elle se corrode volontairement, par un phénomène électrochimique, pour protéger l'acier de la cuve. Dans une eau dure et minéralisée, elle se consume à son rythme — et quand elle est épuisée, c'est la cuve elle-même qui commence à rouiller. Une cuve percée ne se répare pas. Jamais. Quiconque vous propose de « ressouder une cuve » vous raconte une histoire.
Voilà pourquoi je dis aux gens que je reçois : à Aubervilliers, un ballon n'est pas un appareil qu'on installe et qu'on oublie. C'est un réservoir sous pression qui livre une guerre lente contre l'eau qui le remplit. Bien entretenu — détartré périodiquement, anode contrôlée — il tient quinze ans. Ignoré, il en tient huit, et il choisit toujours le matin de janvier pour vous lâcher.