19,4 km², 83 lieux-dits : pourquoi une fuite ne se cherche pas ici comme en ville
Bannost-Villegagnon est née en 1973 de la fusion de deux villages, Bannost et Villegagnon — celui-là même qui a donné son nom à une île de la baie de Rio, par la grâce de l'amiral Nicolas Durand de Villegagnon, parti planter la France au Brésil au XVIe siècle. Aujourd'hui, la commune fait partie de la communauté de communes du Provinois, et son territoire est agricole à plus de 90 % (données INSEE d'occupation des sols). Concrètement, pour mon métier, ça veut dire une chose : de l'habitat dispersé, des parcelles longues, et des réseaux d'eau privés qui n'en finissent pas.
Dans un immeuble parisien, le réseau privatif d'un appartement fait quelques mètres. Ici, entre le compteur — souvent posé en limite de propriété, dans un regard au bord de la route — et le point d'entrée dans la maison, je mesure couramment 30, 50, parfois 80 mètres de canalisation enterrée. Sur les corps de ferme des Essarts ou de Marchelong, il faut encore ajouter les antennes vers l'abreuvoir, l'ancienne étable reconvertie, le robinet de jardin au fond de la cour. Chaque mètre enterré est un mètre où une fuite peut vivre des mois sans qu'on la voie.
Le matériau compte aussi. Une bonne partie de ces réseaux a été posée dans les années 1970-1990 en polyéthylène noir basse densité — le fameux tube noir agricole. Il a bien servi, mais il vieillit : il devient cassant, et il fissure aux raccords mécaniques, surtout là où le terrassement d'origine a été fait sans lit de sable, à même le silex. J'ai aussi trouvé du cuivre enterré sans fourreau dans des pavillons des années 80 : en terre humide, le cuivre se pique par corrosion externe, et ça finit en suintement permanent.
Ajoutez deux particularités briardes. D'abord, les argiles : les sols de la Brie gonflent à l'humidité et se rétractent à la sécheresse. Ce mouvement saisonnier cisaille les canalisations rigides, en particulier aux entrées de murs, là où le tube passe d'un sol qui bouge à une fondation qui ne bouge pas. Ensuite, l'eau de surface : la commune est traversée par le ru de la Visandre et ses affluents, dont le Grand Ru de l'Abbaye. Dans les points bas, un terrain peut être naturellement humide une partie de l'année — et une vraie fuite peut s'y cacher longtemps, confondue avec « la terre qui draine mal ».
Un Compagnon vous dirait la même chose : avant de chercher l'eau, on lit le terrain. C'est exactement pour ça qu'une recherche de fuite à Bannost-Villegagnon ne s'improvise pas avec une pioche et de l'optimisme. On sectorise, on mesure, on écoute — et seulement ensuite, on ouvre. Au bon endroit, et une seule fois.