Pour comprendre pourquoi un plombier à Évry-Courcouronnes ne fait pas le même métier qu'un plombier à Versailles ou dans le Marais, il faut remonter à 1969. Cette année-là, le Schéma directeur d'aménagement et d'urbanisme de la région parisienne désigne Évry comme l'une des cinq villes nouvelles de l'Île-de-France, avec Cergy-Pontoise, Saint-Quentin-en-Yvelines, Marne-la-Vallée et Melun-Sénart. Là où Versailles s'est édifiée patiemment sur trois siècles autour de son château royal, Évry sort de terre en quinze ans, à grande vitesse, sur des champs de betteraves et un petit bourg historique. C'est une autre histoire, un autre bâti, une autre plomberie.
L'Établissement Public d'Aménagement de la Ville Nouvelle d'Évry (EPEVRY) lance les premiers chantiers en 1972. La préfecture de l'Essonne s'installe en 1974. Les Pyramides — ce quartier emblématique aux toits en gradins conçu par l'atelier d'urbanisme de Michel Andrault et Pierre Parat — sortent de terre entre 1973 et 1979. Bois-Sauvage suit en 1976-1980. Le centre commercial Évry 2 ouvre en 1975, devenant alors le plus grand d'Europe. Et toute cette construction se fait avec les techniques de l'époque : canalisations en cuivre soudé étain pour la distribution d'eau froide et chaude, évacuations en PVC série échappement (alors une innovation), et déjà, dans les opérations les plus avant-gardistes, les premières expérimentations de PER — polyéthylène réticulé première génération.
C'est cette première génération de PER qui me cause le plus de tracas aujourd'hui. À EDF, on suivait de loin l'arrivée de ce matériau qui promettait de remplacer le cuivre. La promesse était belle : moins cher, plus rapide à poser, plus souple. Mais les premiers PER posés à Évry dans les opérations 1975-1985 vieillissent mal. Les raccords laitons à sertir, autrefois standard, fuient sur les filetages. Les canalisations elles-mêmes deviennent cassantes, surtout sur les passages soumis aux UV à travers les caves. Et quand un raccord lâche après quarante ans, le diagnostic n'est pas toujours évident : la fuite peut être à dix mètres du point d'apparition.
Le deuxième écueil typique d'Évry-Courcouronnes, c'est le multicouche posé dans les années 1990-2005. Cette fois c'est mieux conçu — un sandwich PER-aluminium-PER — mais beaucoup d'installations ont été faites avec des raccords à compression bas de gamme qui prennent du jeu avec les variations de température. Les opérations de la rue de Paris à Courcouronnes-Centre ou les résidences plus tardives du quartier Champs-Élysées en sont truffées.
La fusion d'Évry et de Courcouronnes en 2019 a créé une commune de 67 638 habitants. C'est désormais la commune la plus peuplée de l'Essonne. Et c'est aussi un patchwork de bâtis avec, pour chaque époque, ses pathologies propres. Quand un artisan Joël arrive chez vous, il commence par identifier l'âge de l'opération et le matériau du réseau. C'est ce qui change tout.
