Pour comprendre la nature des pannes de plomberie qu'on rencontre dans le 19e arrondissement, il faut accepter une réalité que beaucoup de jeunes plombiers découvrent avec surprise : le 19e n'a pas un seul bâti, il en a au moins trois. Et ces trois bâtis, parfois, se croisent dans le même immeuble. Voilà pourquoi le diagnostic préalable est, dans cet arrondissement, plus important qu'ailleurs.
Premier bâti : les immeubles haussmanniens tardifs et post-haussmanniens. Ils dominent les pourtours des Buttes-Chaumont, le quartier Combat, l'avenue Secrétan, certaines portions de la rue de Crimée et de l'avenue Jean-Jaurès. Édifiés pour l'essentiel entre 1880 et 1910, ils suivent les principes haussmanniens classiques : structure en pierre de taille pour la façade, refends, planchers bois, distribution intérieure organisée autour d'une cage d'escalier en spirale, courette d'aération. Dans le dossier complet INSEE 2022 du 19e, environ 12 % des résidences principales ont été édifiées avant 1919 — ce sont, pour l'essentiel, ces immeubles. Leur plomberie d'origine était composée de canalisations en plomb pour les arrivées et de fonte pour les évacuations, avec des colonnes verticales en cage d'escalier et des distributions horizontales en dalle. La plupart de ces installations ont été reprises au moins une fois, voire deux, au cours du XXe siècle. Aujourd'hui, on y trouve un mélange caractéristique : tronçons en cuivre des années 1960-1980, raccords PER posés à l'occasion d'une rénovation 2000-2020, parfois des résidus de plomb encore en place sur des portions non remplacées.
Deuxième bâti : les immeubles 1920-1940. Ils représentent une part importante du parc dans le 19e selon les données INSEE (13,1 % des résidences principales construites entre 1919 et 1945). On les trouve surtout le long du boulevard de la Villette, du faubourg du Temple, de l'avenue Simon-Bolivar, et autour de la place des Fêtes. Ces immeubles introduisent les premières évacuations en fonte standardisée, des colonnes montantes plus rigoureusement dimensionnées, et parfois déjà des arrivées en cuivre dans les programmes les plus soignés. La caractéristique technique de ce bâti est sa relative simplicité hydraulique : peu d'imbroglios de réseaux, des colonnes facilement repérables, des accès en cage d'escalier généralement bien conçus.
Troisième bâti : les opérations 1960-1980 sur emprises industrielles. C'est la grande spécificité du 19e par rapport aux arrondissements de la rive droite plus centraux. Sur les anciens entrepôts ferroviaires de La Villette, sur l'emprise des abattoirs reconvertie après 1974, autour du Pont de Flandre et du quartier Flandre-Aubervilliers, des opérations massives ont produit des immeubles modernes en béton armé, avec des installations de plomberie pensées pour la production en série : colonnes en fonte ou PVC, distribution intérieure en cuivre, ballons électriques individuels, chaufferie collective au fioul ou au gaz. Ces installations ont aujourd'hui entre 40 et 60 ans. Elles arrivent toutes simultanément en fin de cycle technique.
Pour le plombier qui intervient dans le 19e, cette stratification impose une discipline d'observation que la plupart des opérateurs commerciaux du dépannage low-cost n'ont tout simplement pas le temps d'appliquer. La première chose à faire, en arrivant chez un client, c'est de regarder l'immeuble. Pierre de taille ? Brique enduite ? Béton apparent ? On ne fait pas le même diagnostic dans un immeuble 1900 et dans un immeuble 1975. C'est élémentaire, mais ça change tout.
