Quand j'arrive devant un nouveau dossier à gérer dans le 20e, la première chose que je regarde, c'est la date de construction. Pas par coquetterie d'historienne — par pragmatisme de gestionnaire. Parce qu'à Paris 20, le bâti raconte trois histoires complètement différentes en matière de plomberie, et donc trois logiques de budget et trois calendriers de travaux que je dois savoir distinguer.
Premier bâti : les immeubles haussmanniens tardifs autour du Père-Lachaise. Ils dominent les abords du cimetière du Père-Lachaise (ouvert en 1804, le plus grand cimetière intra-muros de Paris), le boulevard de Ménilmontant, l'avenue Gambetta, certaines portions de la rue de Belleville. Édifiés pour l'essentiel entre 1880 et 1910, ils suivent les principes haussmanniens classiques : pierre de taille pour la façade, planchers bois, distribution intérieure organisée autour d'une cage d'escalier en spirale. Selon les données INSEE 2022 du 20e, environ 11 % des résidences principales ont été édifiées avant 1919 — ce sont, pour l'essentiel, ces immeubles. La plomberie d'origine était composée de canalisations en plomb pour les arrivées et de fonte pour les évacuations. La plupart de ces installations ont été reprises au moins une fois au cours du XXe siècle. Aujourd'hui on y trouve un mélange caractéristique : tronçons en cuivre des années 1960-1980, raccords PER posés lors de rénovations 2000-2020, parfois des résidus de plomb encore en place sur des portions non remplacées.
Deuxième bâti : les anciens ateliers d'artistes et immeubles de rapport de Ménilmontant. C'est la grande spécificité du 20e, et particulièrement de Ménilmontant. À partir de 1900, des artistes — peintres, sculpteurs, plus tard céramistes — se sont installés dans des ateliers édifiés sur les pentes de la rue Sorbier, de la rue Olivier-Métra, de la rue des Cascades. Ces ateliers présentent une géométrie singulière (volumes en double hauteur, verrières zénithales, mezzanines), et la plomberie d'origine y était souvent rudimentaire : un point d'eau froide, des évacuations sommaires, parfois aucun système d'eau chaude. La plupart de ces ateliers ont été reconvertis en lofts résidentiels depuis les années 1990, ce qui suppose des installations plomberie ajoutées par couches successives. Dans les dossiers que je gère, ces lofts arrivent en moyenne en 4e position des sinistres dégât des eaux par bien — devant les appartements haussmanniens, derrière les studios des grands ensembles 1970.
Troisième bâti : les opérations 1960-1980 et leurs grandes copropriétés. Concentrées vers Saint-Fargeau, la Porte de Bagnolet, et certaines emprises libérées dans le quartier Belleville bas, ces opérations ont produit des immeubles modernes en béton armé avec des installations de plomberie pensées pour la production en série. Colonnes en fonte ou PVC, distribution intérieure en cuivre, ballons électriques individuels, chaufferie collective au fioul ou au gaz. Ces installations ont aujourd'hui entre 40 et 60 ans. Elles arrivent toutes simultanément en fin de cycle technique — c'est mathématique, et c'est le sujet n°1 des AG que je préside dans ces résidences.
Pour le gestionnaire de syndic que je suis, cette stratification impose une chose claire : on ne budgétise pas un plan pluriannuel de travaux dans un haussmannien du Père-Lachaise comme dans un loft de Ménilmontant ou dans une tour de Saint-Fargeau. Et on ne sélectionne pas un prestataire plomberie sur les mêmes critères. Première chose à savoir : qui paye. Ça dépend d'une seule chose : où se situe la fuite — partie commune ou partie privative — et de l'époque du bâti qui détermine la complexité de l'intervention.
