Pour comprendre la nature des interventions de plomberie dans le 4e, il faut d'abord accepter une donnée patrimoniale qu'aucun autre arrondissement parisien ne présente avec autant d'intensité : le bâti du Marais est, dans sa grande majorité, antérieur à 1789. On y intervient comme on interviendrait dans un musée habité, et cette réalité impose une discipline professionnelle particulière.
Premier strate : les hôtels particuliers XVIIe siècle. Les rues de Sévigné, de Turenne, des Francs-Bourgeois, du Parc-Royal, des Archives, conservent encore des dizaines d'hôtels particuliers édifiés au XVIIe siècle pour la noblesse de cour et la haute bourgeoisie d'État. Les plus emblématiques (Hôtel Carnavalet, Hôtel de Soubise, Hôtel Salé, Hôtel de Sully, Hôtel Lamoignon) sont aujourd'hui des musées ou des institutions publiques ; mais une part importante de ces édifices a été divisée en appartements au XIXe ou au XXe siècle. On y trouve aujourd'hui des cuisines installées dans d'anciennes antichambres, des salles de bain encastrées dans des galeries d'apparat, des chauffe-eau cachés derrière des boiseries Louis XIII. La plomberie y est nécessairement un exercice de finesse : les murs porteurs sont en pierre de taille calcaire, les planchers en chêne de section forte, les plafonds parfois peints ou stuqués. Toute fuite endommageant ces éléments représente un coût de restauration disproportionné par rapport au coût d'une intervention rapide.
Deuxième strate : les immeubles bourgeois XVIIIe. Une grande partie du bâti du Marais est constituée d'immeubles XVIIIe édifiés au-dessus de boutiques d'artisans et de marchands. Ces immeubles, plus modestes que les hôtels particuliers, présentent une trame régulière (rez-de-chaussée commercial, premier et deuxième étages nobles, étages supérieurs progressivement plus modestes). La plomberie d'origine était inexistante — elle a été ajoutée par tronçons à partir des années 1880-1900, puis modernisée par étapes successives. On trouve encore aujourd'hui, en partie commune, des portions de colonnes en plomb non remplacées et des évacuations en fonte parfois fissurées.
Troisième strate : les édifices XIXe « haussmanniens du Marais ». Le baron Haussmann a percé peu de voies dans le Marais (la rue de Turbigo, la rue de Rivoli, et quelques alignements rue Saint-Antoine), et le bâti haussmannien n'y est pas dominant. Mais certains tronçons (rue de Rivoli côté Marais, rue Saint-Antoine, boulevard Beaumarchais) présentent des immeubles haussmanniens classiques avec leur plomberie cuivre des années 1960-1980 et leurs colonnes montantes typiques.
Quatrième strate : l'Île Saint-Louis. Petit territoire de 11 hectares entièrement classé Monument Historique depuis 1922, l'Île Saint-Louis présente un bâti exceptionnellement homogène — pour l'essentiel des hôtels et immeubles XVIIe et XVIIIe. Toute intervention y est encadrée par une protection patrimoniale maximale. L'avis de l'Architecte des Bâtiments de France est de fait requis pour toute modification d'aspect extérieur ou intervention en partie commune protégée. La plomberie y est un exercice exigeant : espaces souvent exigus, contraintes patrimoniales strictes, copropriétés extrêmement attentives à la qualité des prestations.
Une discipline d'observation indispensable. Pour un plombier qui intervient dans le 4e, les cinq premières minutes sur place sont déterminantes. On examine la façade (XVIIe, XVIIIe, XIXe ?), on étudie la cage d'escalier (pierre apparente, modénatures, fer forgé), on identifie le type de colonne, on lit les inscriptions éventuelles (millésime de réfection, plaque de copropriété ancienne). Cette analyse oriente massivement le diagnostic et détermine si l'on peut intervenir tel quel ou si une déclaration en mairie est nécessaire au préalable.
