Si je devais résumer la plomberie versaillaise en un mot, ce serait celui-là : calcaire. L'eau qui sort de votre robinet rue Royale, avenue de Saint-Cloud ou place Hoche affiche une dureté qui tourne autour de 28 à 32 degrés français, là où Paris intra-muros se contente le plus souvent de 22 à 25. Pour le commun des mortels, la nuance paraît mince. Pour un hydraulicien, c'est un monde. À EDF, on disait toujours qu'un degré de plus de dureté, c'est un an de moins sur la durée de vie d'un ballon. Faites le calcul.
D'où vient ce calcaire ? Du sous-sol. Versailles est posée sur un plateau crayeux, le bassin parisien dans toute sa splendeur, et l'eau qui s'y infiltre se charge en bicarbonate de calcium au passage. Quand cette eau remonte chez vous, elle est limpide, elle est potable, elle est même excellente. Mais dès que vous la chauffez au-dessus de 55°C dans votre cumulus ou votre chaudière, le calcium précipite. C'est de la chimie de base, le même phénomène qui dépose le tartre dans une bouilloire, sauf qu'au lieu d'une bouilloire vous avez 200 litres d'eau qui passent et repassent.
Résultat concret : les ballons d'eau chaude tiennent en moyenne 8 à 10 ans à Versailles, contre 12 à 15 ans dans une zone à eau douce. Les groupes de sécurité, ces petites pièces rouges et bleues qui dégoulinent quand on chauffe, lâchent au bout de 4 ou 5 ans. Les robinets thermostatiques se grippent, les mitigeurs se ferment mal, les chauffe-eau gaz entartrent leur échangeur, et les pommeaux de douche perdent leur débit. À EDF, on appelait ça la dégradation thermo-chimique progressive. Chez vous, ça s'appelle juste 'mince, encore une fuite'.
Il y a aussi un effet de quartier. Dans les rues du centre historique — rue des Réservoirs, rue Carnot, rue de la Paroisse — les canalisations qui montent jusqu'à votre étage ont parfois plus d'un siècle. Le plomb a été remplacé dans les années 90, mais souvent avec des raccords improvisés, parfois en cuivre directement vissé sur de vieux tuyaux galva. À chaque jonction galva-cuivre se crée un couple électrochimique qui accélère la corrosion. C'est physique, on n'y peut rien, sauf intervenir intelligemment quand ça lâche. Voilà pourquoi un bon plombier à Versailles doit comprendre l'histoire du bâti avant de toucher au moindre raccord.
