Pour bien comprendre la plomberie vitriote, il faut d'abord lire la ville. Vitry-sur-Seine a grandi par couches successives, chacune correspondant à une période d'urbanisation, à une politique publique, à une vague de population. La mairie reconnaît officiellement onze quartiers : Centre-ville, Clos-Langlois, Commune-de-Paris, Vitry-Sud-Ardoines, Paul-Froment-8-mai-1945, Port-à-l'Anglais, Gare-Jean-Jaurès, Fort, Plateau, Moulin-Vert, et des sous-secteurs identifiés par leurs habitants. Cette stratification se lit aujourd'hui en autant de typologies hydrauliques que la gestionnaire de copropriétés que je suis doit savoir distinguer.
Le Centre-ville, organisé autour de l'avenue de l'Abbé-Roger-Derry et de la place de la Mairie, conserve une trame d'immeubles édifiés essentiellement entre 1955 et 1975 lors de la grande reconstruction d'après-guerre, complétée par quelques opérations plus récentes. Les distributions d'origine relèvent du cuivre soudé à l'étain-plomb pour la majorité des immeubles, avec des colonnes communes en acier galvanisé pour les programmes les plus anciens.
Le Plateau, qui s'étend de l'espace Blondeaux jusqu'au Moulin-Vert où le parc départemental des Lilas préserve un espace naturel précieux, présente le pavillonnaire vitriot le plus ancien : maisons de meulière des années 1900-1935, pavillons de l'entre-deux-guerres en briques apparentes ou en enduit. Les distributions d'eau y relèvent souvent du plomb laminé pour les arrivées principales et du cuivre pour les distributions secondaires.
Le quartier des Ardoines, le plus vaste secteur de la commune (environ 300 hectares, soit un quart du territoire municipal), s'étire entre la voie ferrée du RER C et le méandre de la Seine. Longtemps zone industrielle, ce secteur connaît depuis le milieu des années 2010 une recomposition progressive avec la ZAC Seine-Gare-Vitry qui doit faire sortir de terre plusieurs milliers de logements neufs dans les prochaines années. Les démolitions liées à cette ZAC ont commencé et conditionnent l'évolution du quartier pour les années à venir.
Paul-Froment-8-mai-1945 et Vitry-Sud-Ardoines présentent une dominante de logements collectifs édifiés entre 1965 et 1985. Ce sont des quartiers à forte présence de bailleurs sociaux, où les pannes hydrauliques s'inscrivent dans des procédures collectives qu'il faut savoir naviguer. Port-à-l'Anglais, à l'est de la commune face à Alfortville, conserve une identité fluviale liée au pont suspendu construit entre 1912 et 1927 qui traverse la Seine. Gare-Jean-Jaurès, autour de la gare RER C, mêle pavillonnaire ancien et opérations plus récentes. Le Fort, Clos-Langlois et Commune-de-Paris présentent chacun leur typologie particulière selon leur histoire d'urbanisation.
Cette mosaïque impose à l'artisan une rigueur particulière. On n'aborde pas une fuite dans un pavillon de meulière du Plateau comme on aborde une chasse d'eau dans une barre de Paul-Froment, ni comme on aborde un plancher chauffant dans un programme neuf de la ZAC Seine-Gare-Vitry. Les distributions, les pressions, les contraintes de copropriété et les enjeux assurantiels n'ont rien à voir d'un quartier à l'autre.
