En 22 ans de Section de Recherches, j'ai compris une chose simple sur le 17e : on n'y travaille jamais comme dans un arrondissement homogène. Les modes opératoires des cambrioleurs varient radicalement selon que l'on se trouve avenue Hoche ou rue de la Jonquière. Pour un serrurier, comme pour un gendarme, cette distinction est opérationnelle.
Au sud (Plaine-de-Monceau, Ternes, Wagram, boulevard de Courcelles), le profil bourgeois. Le parc immobilier y est dominé par les immeubles haussmanniens cossus édifiés entre 1860 et 1910, avec gardiens présents en journée, codes d'entrée, parfois sas et vidéo-surveillance. Les appartements sont vastes, le mobilier de valeur, les bijoux et objets d'art fréquents. Cette concentration de biens attire deux types d'équipes : 1° des groupes structurés venus de l'extérieur (Île-de-France élargie, parfois Europe de l'Est) qui repèrent les cibles pendant les vacances scolaires et opèrent par effraction technique (crochetage, bumping, exploitation de cylindres bas de gamme), 2° des équipes locales spécialisées dans le repérage d'absences via réseaux sociaux ou collecte de courrier.
Au nord (Épinettes, sud des Batignolles, autour de l'avenue de Saint-Ouen et du boulevard Bessières), le profil populaire. Le bâti est dominé par les HBM en briques rouges des années 1920-1930, les immeubles de rapport 1880-1930, et quelques copropriétés des Trente Glorieuses. Les serrures d'origine sont souvent encore en place, monopoint, sans certification A2P, parfois encore au profil européen large facile à casser. Les cambriolages y suivent une logique opportuniste : effractions au pied-de-biche sur portes peu résistantes, arrachement de cylindres sortants, exploitation de fenêtres mal sécurisées au rez-de-chaussée. Auteurs souvent locaux, parfois mineurs, mode opératoire rapide (moins de 5 minutes par appartement).
Entre les deux, la ZAC Clichy-Batignolles, livrée progressivement depuis 2010 sur les anciennes emprises ferroviaires Cardinet. Les résidences neuves y sont équipées de portes palières conformes aux normes contemporaines : cylindres A2P 1 ou 2 étoiles d'origine, parfois portes blindées BP1, vidéo-surveillance et contrôle d'accès systématiques. Le quartier est jeune statistiquement, encore peu ciblé, mais commence à apparaître dans les fiches de la BRDP comme un secteur où les équipes structurées font du repérage.
Pour un serrurier qui intervient honnêtement dans le 17e, ces trois réalités imposent des préconisations différentes. À la Plaine-de-Monceau, on conseille systématiquement la mise à niveau vers A2P 3 étoiles (15 minutes de résistance certifiée CNPP) et le blindage de la porte d'entrée. Aux Épinettes, on conseille d'abord le remplacement du cylindre vétuste par un A2P 1 ou 2 étoiles, déjà un saut qualitatif majeur par rapport à l'existant. Dans la ZAC, on vérifie surtout que le cylindre d'origine n'a pas été affaibli par la livraison à plusieurs intervenants (déménageurs, agents immobiliers, voisins de bonne foi).
