Pour quiconque s'intéresse à l'histoire urbaine de Paris, le 17e est un cas d'étude. L'arrondissement ne s'est pas constitué d'un seul mouvement : il s'est aggloméré par annexion en 1860 — les communes de Batignolles-Monceau, des Ternes et de Clichy ont alors été absorbées dans Paris — puis densifié au gré des spéculations foncières du Second Empire et de la IIIe République. Cette histoire fragmentée explique les ruptures de gabarit que l'on perçoit en passant d'une rue à l'autre, et elle conditionne très directement la nature des installations hydrauliques que l'on rencontre derrière les façades.
La Plaine-Monceau, autour du parc créé en 1769 par Carmontelle pour le duc de Chartres, fut lotie à partir des années 1860 par les frères Pereire, banquiers visionnaires d'Haussmann. Les immeubles qui y furent édifiés, le long de l'avenue Hoche, du boulevard de Courcelles ou de l'avenue de Messine, sont des manifestes de l'haussmannisme grand bourgeois : six étages cossus, hauteurs sous plafond généreuses (3,20 m à 3,60 m), porches monumentaux, doubles cages d'escalier de service et d'apparat, distributions d'eau soignées en plomb laminé puis cuivre. Les immeubles ont, pour leur grande majorité, conservé leur cohérence d'origine. Les interventions de plomberie y supposent un égard particulier pour les moulures, les stucs et les parquets à la française qui en font le prix.
Le quartier des Ternes, organisé autour de l'avenue éponyme et du carrefour de la place des Ternes, présente une variante : haussmannien lui aussi, mais d'une époque plus tardive (années 1880-1900) et d'un standing légèrement moindre. La typologie reste cossue — cinq à six étages, balcons filants au deuxième et au cinquième — mais les redivisions intérieures ont été plus nombreuses au cours du XXe siècle, multipliant les colonnes secondaires et brouillant la lisibilité hydraulique d'origine.
Les Batignolles, au nord de la place de Clichy et autour de la place du Docteur-Félix-Lobligeois, racontent une autre histoire. Le quartier fut peuplé à partir des années 1830 par la petite bourgeoisie et les artisans, avant d'être densifié par des immeubles de rapport post-haussmanniens (1880-1910), souvent sur cinq étages, à briques apparentes ou enduit ocre, avec des distributions d'eau plus rustiques. La gentrification de ces quinze dernières années a vu se multiplier les rénovations d'appartements, parfois mal coordonnées, qui ont ajouté des couches successives d'installations sans repenser la cohérence d'ensemble.
Les Épinettes, au nord-ouest, conservent leur empreinte ouvrière la plus visible. Les immeubles y sont souvent plus modestes, parfois bâtis vers 1900-1925 dans des matériaux économiques, avec des hauteurs sous plafond réduites et des distributions d'eau d'origine remplacées au coup par coup au fil des décennies. C'est aussi le quartier où l'on trouve le plus d'immeubles dits "haussmanniens du pauvre" : la silhouette y est, l'élégance moins.
Enfin, la ZAC Clichy-Batignolles, sortie de terre depuis 2014 sur les anciennes emprises ferroviaires de la SNCF, représente un cas radicalement neuf. Près de 3 400 logements répartis dans des immeubles RT 2012 puis RE 2020, des distributions multicouches PER ou PE-RT systématiques, des planchers chauffants basse température dans la majorité des opérations, des chaufferies collectives biomasse ou géothermie superficielle. Plus aucune commune mesure avec le bâti ancien voisin. C'est devenu, en quelques années, le laboratoire francilien de la plomberie résidentielle de demain.
