Pour comprendre les pannes que l'on rencontre dans la plomberie asnièroise, il faut accepter un détour par l'histoire urbaine de la commune. Asnières fut, jusqu'au milieu du XIXe siècle, un modeste village agricole de moins de mille âmes, posé sur le bord nord de la Seine et tirant ses ressources de la pêche, de l'horticulture et du transport fluvial. La cassure se produit en 1837 avec l'inauguration de la ligne Paris - Saint-Germain par les frères Pereire, qui dote la commune d'une halte ferroviaire à dix-huit minutes seulement de la gare Saint-Lazare. Cette accessibilité nouvelle bouleverse tout. En quelques décennies, Asnières devient l'un des lieux de villégiature préférés de la bourgeoisie d'affaires parisienne, qui y fait édifier des villas singulières, des maisons d'agrément et des résidences secondaires pour les week-ends d'été le long du fleuve.
L'âge d'or asnièrois court de 1860 à 1914 environ. C'est l'époque où l'on construit, sur les rives, des édifices néo-gothiques, néo-Renaissance, néo-mauresques, parfois Art Nouveau, dont quelques-uns subsistent comme témoins remarquables : la villa des Tourelles, le château de la Pelouse, plusieurs hôtels particuliers le long de l'avenue Faidherbe ou de l'avenue Sainte-Anne. C'est aussi le moment où s'édifient les équipements emblématiques de la ville moderne : la mairie d'inspiration néoclassique sur l'avenue d'Argenteuil, le théâtre municipal achevé en 1898 par l'architecte Albert Schoy, l'église Sainte-Geneviève sur la place du même nom, et bien sûr le célèbre cimetière des chiens et autres animaux domestiques, ouvert le 15 mai 1899 sur l'île des Ravageurs. Ce dernier édifice mérite une mention particulière : premier cimetière animalier au monde, doté d'un porche monumental signé Eugène Petit-Le-Coeur, classé au titre des monuments historiques par arrêté du 27 juillet 1987, il accueille encore aujourd'hui plus de quarante mille sépultures et constitue à lui seul une curiosité asnièroise sans équivalent dans la grande couronne.
Mais Asnières n'est pas qu'une ville de villas. Dès la fin du XIXe siècle, le développement industriel — notamment la métallurgie, la construction automobile (les usines Ravel puis Renault dans la commune voisine de Gennevilliers), la chimie — attire une population ouvrière qui s'installe dans des immeubles de rapport plus modestes, des cités ouvrières, des maisons mitoyennes en meulière. Cette population coexiste avec la bourgeoisie qui a fait la ville, dans une mixité sociale qui caractérise encore la commune aujourd'hui. Les quartiers populaires se concentrent traditionnellement au nord (Agnettes, Bac d'Asnières) tandis que les quartiers cossus s'étendent au sud-est (Centre, Bords de Seine).
L'après-guerre amplifie cette dualité. Les années 1960-1970 voient s'édifier, principalement aux Agnettes et au Bac d'Asnières — quartier limitrophe de Gennevilliers et longtemps marqué par sa proximité avec les usines —, des grands ensembles de logements sociaux pour répondre à la crise du logement et à l'arrivée massive de populations en provenance d'Algérie, du Portugal puis du Maghreb. Barres et tours en béton, parfois jusqu'à dix-huit étages, accueillent une population modeste qui occupe encore aujourd'hui une part significative du parc social de la ville. Plus récemment, la ZAC Seine-Ouest, lancée dans les années 2010 sur les anciennes friches portuaires et industrielles des bords de Seine, a fait sortir de terre plusieurs centaines de logements neufs en accession ou en locatif intermédiaire, contribuant à une recomposition progressive de la sociologie communale.
Le résultat est une ville qui conjugue, parfois dans la même rue, la villa Belle Époque, l'immeuble bourgeois post-haussmannien, la barre des années 60, et la résidence contemporaine RT 2012. Pour le plombier qui intervient à Asnières, cette diversité radicale impose une discipline d'observation que la plupart des opérateurs commerciaux du dépannage low-cost n'ont tout simplement pas. C'est précisément ce que je m'efforce de transmettre aux artisans du réseau Joël qui interviennent dans le nord du 92.
