Quand j'arrive chez un client à Cormeilles, la première chose que je regarde, c'est l'année de construction du pavillon. Pas par curiosité historique — par discipline professionnelle. Le bâti pavillonnaire de Cormeilles, c'est au moins quatre strates différentes, et chacune a sa logique de plomberie.
Premier strate : les pavillons anciens d'avant 1945, regroupés essentiellement autour du Haut-et-Centre, de la Mairie, et le long de l'ancien chemin de la gare. Ces petites maisons, souvent à un étage avec sous-sol semi-enterré, ont été bâties pour les ouvriers carriers des plâtrières Lambert et les cheminots de la ligne Paris-Le Havre. La plomberie d'origine était en plomb pour les arrivées et en fonte ou grès vernissé pour les évacuations. La plupart ont été reprises au moins deux fois au cours du XXe siècle, ce qui donne aujourd'hui des installations composites qu'il faut décoder canalisation par canalisation : un tronçon cuivre des années 1965, un raccord PER de la rénovation 2008, parfois un résidu de plomb encore en service sur l'arrivée principale. Quand on me demande de tracer une fuite dans ce type de maison, je commence systématiquement par la cave : c'est là que tout passe.
Deuxième strate : les pavillons 1946-1970, qui correspondent à 17,1 % du parc selon l'INSEE. On les trouve essentiellement sur les Côtes du Parisis et dans le secteur Emy-les-Prés. Ce sont des maisons de plain-pied ou R+1 avec garage attenant, construites en parpaing enduit, avec chauffage individuel au fioul d'origine pour beaucoup d'entre elles (souvent converti au gaz dans les années 1990-2010). La plomberie est généralement en cuivre nu, avec des évacuations en fonte standard. Les pannes typiques de cette strate : ballons électriques d'origine arrivés en bout de course, raccords cuivre percés par corrosion électrochimique au passage des cloisons, et — surtout — des branchements d'évacuation extérieurs vers le tout-à-l'égout qui se bouchent régulièrement parce que la pente d'origine n'a jamais été parfaite.
Troisième strate : les pavillons 1971-1990, qui représentent à eux seuls 27,2 % du parc, soit la plus grosse part du bâti. C'est l'âge d'or des lotissements de Cormeilles : Champs Guillaume, Val d'Or, premières opérations des Côtes du Parisis. Pavillons beiges qui se ressemblent tous, garage attenant, jardin de 300 à 500 m², chauffage individuel gaz, ballon électrique en sous-sol. La plomberie est en cuivre majoritairement, avec premières apparitions du PER dans les opérations de fin de période. Ces installations ont aujourd'hui entre 35 et 55 ans, et elles arrivent toutes simultanément en fin de cycle technique. C'est pourquoi je passe beaucoup de temps dans ces quartiers : ballons à remplacer, chaudières à reprendre, robinetteries thermostatiques fuyantes, raccords cuivre qui suintent. Si vous habitez un pavillon des Champs Guillaume des années 1975, considérez que toute votre plomberie a maintenant 50 ans et qu'il est temps de planifier son renouvellement.
Quatrième strate : les opérations récentes, qui pèsent 25,1 % du parc depuis 2006. C'est l'éco-quartier des Bois-Rochefort, ouvert sur l'ancienne emprise de la carrière de gypse Lambert exploitée jusqu'aux années 1980, ainsi que les opérations en bord de Seine. Ces logements sont neufs ou quasi-neufs, avec installations PER multicouche, ballons thermodynamiques ou raccordement au réseau de chaleur, ventilation double-flux dans les programmes les plus exigeants. Les pannes typiques sont rares mais spécifiques : raccords PER mal sertis à la pose initiale, groupes de sécurité de chauffe-eau thermodynamique qui suintent, fuites sur flexibles d'arrivée de robinetterie de cuisine (point faible classique des installations 2010-2020).
Cette stratification, plus marquée à Cormeilles que dans beaucoup de communes franciliennes de taille comparable, impose une discipline de diagnostic préalable. Je le dis sans détour : un plombier qui débarque chez vous, vous fait un devis en cinq minutes sans avoir descendu à la cave et sans avoir regardé l'année de votre installation, ce n'est pas un plombier sérieux. C'est ce qu'on apprend dès le début du tour de France des Compagnons : on regarde, on écoute, on touche, puis on devise. Pas l'inverse.
