Lire le bâti ovillois : pourquoi une ville-jardin fuit autrement qu'un immeuble
Je dois à l'honnêteté une précision liminaire : je ne suis pas plombière. Mon métier est de comprendre comment un édifice a été conçu, de quelles matières, selon quelles règles, et ce que l'on peut — ou ne peut pas — lui faire subir sans le trahir. C'est précisément ce regard que je voudrais vous transmettre ici, car la recherche de fuite, avant d'être un geste technique, est un exercice de lecture du bâti. On ne sonde pas une meulière de 1932 comme on ausculte une dalle de béton coulée en 1975.
Houilles, de ce point de vue, est un cas d'école d'une grande lisibilité. La commune s'est édifiée par strates successives, chacune léguant ses propres pathologies hydrauliques. Permettez-moi de les distinguer, quartier par quartier, parce que cette typologie commande la méthode de détection.
Premièrement, le pavillon de meulière de l'entre-deux-guerres. C'est l'archétype ovillois, omniprésent au Réveil-Matin — ce quartier huppé et calme de villas cossues — comme à Belles-Vues, aux Blanches ou dans les rues paisibles du Tonkin. La meulière est une pierre poreuse, capillaire par nature : elle « boit » l'humidité et la restitue lentement. Les canalisations d'origine y étaient en plomb pour l'adduction et en fonte pour l'évacuation, parfois doublées plus tard d'acier galvanisé dans les années 1950-1960. Or le galvanisé, après soixante ou soixante-dix ans, se colmate de l'intérieur par la rouille puis se perfore : c'est l'une des premières causes de fuite enterrée que l'on rencontre sur ces parcelles, là où la conduite chemine sous le jardin avant d'entrer au sous-sol.
Deuxièmement, le tissu de centre-ville. Autour du boulevard Jean-Jaurès, de la rue Gambetta — où siège la mairie, au numéro 16 — et de l'avenue Carnot avec son marché, on trouve des maisons de ville mitoyennes et de petits immeubles de rapport, certains anciens, d'autres reconstruits. La mitoyenneté y crée une difficulté propre : une fuite peut naître chez vous et se manifester chez le voisin attenant, ou l'inverse, parce que les murs porteurs sont partagés.
Troisièmement, les rares résidences collectives et les opérations récentes. Houilles est demeurée fidèle à son ADN pavillonnaire, mais quelques copropriétés des décennies 1960-1980 et des programmes neufs ponctuent le territoire, notamment aux abords de la gare. Là, les colonnes communes en cuivre vieillissent, et le multicouche des constructions récentes souffre parfois de raccords posés trop vite.
Comprendre ces trois familles, c'est déjà savoir où porter l'oreille. Un édifice ne ment jamais à qui sait l'écouter — encore faut-il connaître sa langue.