Pour comprendre la plomberie du 16e arrondissement, il faut d'abord en comprendre le bâti. Le 16e ne ressemble à aucun autre arrondissement parisien parce que sa séquence d'édification a été plus tardive — Auteuil et Passy n'ont été annexés à Paris qu'en 1860 — et plus diverse, mêlant immeubles de rapport bourgeois, hôtels particuliers individuels et opérations d'avant-garde Art nouveau puis Art déco.
Premier bâti : les immeubles haussmanniens tardifs et post-haussmanniens. Édifiés entre 1880 et 1914, ils dominent les axes principaux : avenue Victor-Hugo, avenue Mozart, rue de la Pompe, avenue Henri-Martin. Ces immeubles suivent les principes haussmanniens classiques — façade en pierre de taille, distribution autour d'une cage d'escalier centrale, courette d'aération, étage noble au deuxième — mais ils intègrent souvent dès la construction des éléments de modernisation : montées d'eau plus généreuses, salles de bains intégrées aux appartements, parfois ascenseurs. Leur plomberie d'origine combinait alimentation en plomb et évacuations en fonte standardisée. Selon l'INSEE, environ 14 % des résidences principales du 16e ont été édifiées avant 1919, et il s'agit essentiellement de ce bâti haussmannien tardif.
Deuxième bâti : l'Art nouveau et l'Art déco, signatures uniques du 16e. C'est dans cet arrondissement qu'Hector Guimard a déployé son langage architectural le plus libre — Castel Béranger (1898, classé MH), Hôtel Mezzara (1911, classé MH), immeuble du 17 rue La Fontaine. Les opérations Art déco des années 1920-1935 sont également nombreuses sur Auteuil et Boulainvilliers (immeubles Süe et Mare, immeubles Le Bourgeois). Ces édifices présentent des installations techniques d'une qualité supérieure à la moyenne parisienne de l'époque : colonnes en cuivre dès l'origine pour certains, distributions intérieures soignées, robinetteries de fabrication de luxe. Mais ils restent fragiles : un percement intempestif peut endommager irrémédiablement un parement en céramique d'origine ou un ferronnerie.
Troisième bâti : les hôtels particuliers. Le 16e abrite la plus forte concentration parisienne d'hôtels particuliers occupés (Villa Montmorency, rue de Boulainvilliers, rue Raynouard, square du Bois). Ces édifices d'un à cinq niveaux présentent une plomberie singulière, avec colonnes verticales propres à chaque salle d'eau, distributions souvent enterrées sous parquets en chêne massif ou dalles en pierre, et des configurations qui ne suivent aucune règle standard. Toute intervention dans un hôtel particulier exige un diagnostic approfondi préalable — il n'existe pas de plans-types, chaque édifice est unique.
Quatrième bâti : les opérations 1960-1980 sur les marges. Aux franges sud (porte de Saint-Cloud, porte d'Auteuil) et nord (porte Maillot, porte Dauphine), des opérations modernes ont produit des immeubles ITV (Immeubles de Très Grande Hauteur) ou des barres de logement social comme la Cité Albert-Bartholomé. Leur plomberie standardisée, conçue dans les années 1970, arrive aujourd'hui en fin de cycle technique.
Pour le plombier qui intervient dans le 16e, cette diversité impose une discipline patrimoniale particulière. Avant tout démontage, on observe ; avant toute saignée, on cartographie ; avant toute soudure, on protège les éléments décoratifs adjacents. Ce sont des règles élémentaires de l'intervention en bâti sensible que beaucoup de dépanneurs pressés ignorent.
