Ce qui se passe vraiment dans votre ballon : un peu de physique, racontée tranquillement
Laissez-moi commencer par le commencement, parce qu'on ne se fait jamais avoir sur ce qu'on comprend. Un chauffe-eau électrique — un cumulus, comme on dit — c'est essentiellement une grosse bouteille thermos en acier. À l'intérieur, une cuve de 50 à 300 litres, recouverte d'un émail vitrifié, c'est-à-dire d'une sorte de verre fondu sur le métal pour le protéger de la rouille. On y fait entrer de l'eau froide par le bas, une résistance électrique la réchauffe, et l'eau chaude, plus légère, monte naturellement vers le haut où se trouve le départ vers vos robinets. C'est exactement le principe du thermosiphon que j'étudiais à EDF dans les années soixante-dix : le chaud monte, le froid descend, sans aucune pompe. La nature fait le travail.
Maintenant, pour ne pas vous laisser démuni face à un dépanneur, il faut connaître les quelques pièces qui peuvent lâcher. Je vais les nommer simplement, une à une, comme je le ferais avec mon voisin à Achères devant un café.
Il y a d'abord la résistance. C'est elle qui chauffe. Deux familles existent. La résistance blindée trempe directement dans l'eau, comme un thermoplongeur géant : elle chauffe vite, mais le calcaire se dépose dessus et finit par l'étouffer. À Achères, avec notre eau dure, elle tient quatre à six ans. La résistance stéatite, elle, est glissée dans un fourreau en céramique étanche, à l'abri de l'eau : le calcaire ne la touche pas directement, elle dure huit à douze ans, et grand avantage, on peut la remplacer sans vider tout le ballon. Quand j'explique ça aux gens en permanence UFC, beaucoup tombent des nues : personne ne leur avait dit qu'il existait deux qualités.
Il y a ensuite le thermostat. C'est le cerveau. Il coupe le courant quand l'eau atteint la consigne, autour de 60 °C. Réglé trop bas, sous 55 °C, on risque la légionelle, une bactérie qui aime l'eau tiède stagnante. Réglé trop haut, au-delà de 65 °C, on accélère terriblement le dépôt de calcaire. Quand le thermostat fatigue, soit l'eau ne chauffe plus du tout, soit elle chauffe sans jamais s'arrêter.
Il y a l'anode, et là, asseyez-vous, parce que c'est le cœur du sujet. L'anode est un gros barreau de magnésium plongé dans la cuve. Son rôle est admirable : elle se sacrifie. Voilà ce qui se passe physiquement. Entre l'acier de la cuve et l'eau pleine de sels minéraux, il naît tout seul un petit courant électrique — ce qu'on appelle un courant galvanique, le même phénomène que dans une pile. Ce courant ronge le métal. Mais le magnésium, étant plus réactif que l'acier, attire ce courant sur lui et se fait ronger à la place de la cuve. Tant qu'il reste de l'anode, la cuve est protégée. Le jour où l'anode est entièrement mangée — et chez nous c'est dix-huit à trente mois — c'est la cuve qui commence à se faire trouer. Et une cuve trouée, je le dis tout net, ça ne se répare pas.
Il y a le groupe de sécurité, cette petite pièce rouge et bleue à l'entrée d'eau froide. Trois fonctions. Il isole le ballon pour qu'on puisse travailler dessus. Il laisse sortir le surplus d'eau quand elle se dilate en chauffant — car oui, l'eau qui passe de 15 à 60 °C gonfle d'environ 3 %, soit six litres pour un ballon de 200 litres, et il faut bien que ça parte quelque part. Et il coupe tout si la pression dépasse 7 bars. Un groupe de sécurité qui goutte un peu pendant la chauffe, c'est normal, c'est même son travail. Un groupe qui coule en continu, lui, est à remplacer.
Il y a enfin la bride — la trappe en bas par où l'on accède à tout cela — avec son joint, et l'enveloppe isolante en mousse qui garde la chaleur. Voilà. Sept pièces, pas une de plus. Retenez-les, et aucun dépanneur ne vous racontera d'histoires.